Eaux d’îles — 2026
La série Eaux d’îles prend pour point d’ancrage le golfe du Morbihan, territoire insulaire traversé par de puissants courants et marqué par la présence de vestiges néolithiques. Ce paysage réel constitue cependant moins un sujet à représenter qu’un espace mental, où s’entrecroisent phénomènes naturels, mémoire des lieux et récits d’origine.
Îles, rochers, zostères, remous et organismes marins sont soumis à un processus de transformation. Les formes s’assemblent, se fragmentent ou se confondent, jusqu’à rendre incertaine la frontière entre le minéral, le végétal et l’animal. Certaines présences semblent émerger de l’eau tandis que d’autres y disparaissent, comme si le paysage était en train de se former sous nos yeux.
La composition ne repose pas sur une perspective stable. Elle se construit par superpositions, déplacements d’échelle et tensions entre profondeur et surface. La couleur, la lumière et la matière picturale font circuler le regard d’un plan à l’autre et donnent une réalité sensible à des forces qui ne peuvent être directement représentées : le mouvement des courants, l’érosion, la métamorphose du vivant et l’épaisseur du temps.
Les motifs inspirés des gravures du cairn de Gavrinis — spirales, arcs, lignes ondulatoires et réseaux de signes — ne sont pas employés comme des éléments décoratifs. Ils introduisent dans la peinture une mémoire antérieure à l’écriture et entrent en résonance avec les mouvements de l’eau. Le signe gravé devient simultanément trace humaine, rythme naturel et inscription du temps.
À travers ce dialogue entre observation du territoire et construction imaginaire, Eaux d’îles élabore une cosmogonie contemporaine. Le paysage y apparaît comme un monde instable et vivant, habité par les traces du passé autant que par les bouleversements du présent. La peinture ne cherche pas à illustrer un mythe existant, mais à faire émerger les fragments d’un récit encore ouvert, situé à la limite du visible et de l’invisible.





